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  • Grève de deux syndicats de l'OFPRA

    Les syndicats de l'Ofpra appellent à la grève contre le projet de loi sur l'immigration

     

     

    LEMONDE.FR avec AFP | 03.04.08 | 14h49


    Les deux syndicats présents à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (l'Ofpra), la CGT et l'Asyle (Action syndicale libre) appellent à une journée de grève mercredi pour dénoncer l'une des mesures de la loi sur l'immigration qui réduirait les délais de recours pour les déboutés du droit d'asile.

    Les avocats qui plaident devant la commission de recours des réfugiés (CRR) seront également appelés à la grève et à refuser de plaider, ajoute l'Asyle.

    Les syndicats appellent à se mettre en grève contre le projet, contenu dans la loi actuellement en discussion au Sénat, de réduction de un mois à 15 jours du délai de recours devant la Commission des recours des réfugiés, qui "nuirait inévitablement aux demandeurs d'asile, en réduisant leurs chances de voir leur recours aboutir", explique l'Asyle dans un communiqué. Ils s'opposent également à la limitation à 24 heures du recours suspensif en zone d'attente.

     

    Les syndicats appellent à un rassemblement à 9 heures devant l'Ofpra à Fontenay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et à une manifestation à 12 h 30 devant la CRR, à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

     

  • Le malaise qui enrobe toute l'Europe

    REBONDS http://www.liberation.fr/rebonds/319061.FR.php

    Les oubliettes de l’Europe


    Nathalie Ferré présidente du Gisti (Groupe d’information et de soutien des
    immigrés).

    « Libération » jeudi 3 avril 2008



    "Dans deux centres de rétention administrative de la région parisienne, des
    étrangers en instance d’éloignement se sont mis en grève de la faim pour
    protester contre les conditions de leur interpellation et de leur
    incarcération. Ils dénoncent les arrestations « arbitraires » dont ils sont
    l’objet, les conditions de rétention « indignes », les fouilles
    « humiliantes », les comptages de nuit répétés et le manque d’hygiène qui leur sont imposés, et se plaignent d’être « traités comme du bétail ». Les objectifs chiffrés fixés par le gouvernement pour les reconduites à la frontière ont conduit
    l’administration à accélérer les procédures et à multiplier, fin 2007,
    les pratiques arbitraires et les mauvais traitements. Pourtant, ces situations
    sont le lot commun de ce que vivent tous les jours, sans avoir été condamnés
    ni jugés, les étrangers, réfugiés, demandeurs d’asile, sans-papiers, dans
    les multiples lieux d’enfermement administratif qui sont devenus un élément
    clé de la politique migratoire.

    La France est loin d’être la seule concernée : en septembre 2007, sept
    demandeurs d’asile iraniens sont montés sur le toit du centre de rétention
    de Nicosie, à Chypre, pour attirer l’attention sur leur sort. Parmi leurs
    griefs, la durée excessive de leur détention, dans des conditions
    matérielles et d’hygiène très médiocres, et le comportement violent de la
    police à leur égard. Au Danemark, en mai 2007, de sévères critiques ont
    été émises par le comité contre la torture du Conseil de l’Europe sur les
    conditions de vie des étrangers consignés dans des centres pendant des
    années en attendant qu’une décision soit prise sur leur sort. Les
    associations belges dénoncent un régime quasi pénitentiaire provoquant des
    « ravages humains ». A Malte, les observateurs mettent de façon récurrente en
    garde contre la surpopulation, l’insalubrité, l’hygiène déplorable,
    l’insuffisance de la prise en charge médicale, l’isolement, les violences
    policières auxquelles sont soumis les étrangers dans les camps de détention
    où ils restent de longs mois. La liste serait longue s’il fallait recenser
    tous les accidents, toutes les tentatives de suicide, toutes les
    humiliations qui constituent le quotidien dans les camps d’étrangers.

    Il n’existe pas de « bonnes » conditions de rétention. Comme le démontrent
    toutes les observations menées sur le terrain par les ONG ou les chercheurs,
    comme ceux du réseau Migreurop [réseau européen de militants et chercheurs
    dont l’objectif est de dénoncer les dérapages des politiques d’asile en
    Europe, ndlr], l’internement administratif auquel sont soumis les étrangers
    en Europe est par sa nature même porteur de violations, plus ou moins
    systématiques, plus ou moins inévitables lorsqu’elles ne sont pas
    volontaires, de leurs droits fondamentaux : en premier lieu, la liberté
    d’aller et venir, mais aussi le droit d’asile, le droit au respect de la
    vie privée et familiale, le droit de ne pas subir des traitements inhumains ou
    dégradants ou encore les droits spécifiques des mineurs.

    A la racine de ces traitements, on trouve le choix opéré par l’Europe
    d’une fermeture sélective des frontières, qui privilégie l’immigration « utile »

    Dans deux centres de rétention administrative de la région parisienne, des
    étrangers en instance d’éloignement se sont mis en grève de la faim pour
    protester contre les conditions de leur interpellation et de leur
    incarcération. Ils dénoncent les arrestations « arbitraires » dont ils sont
    l’objet, les conditions de rétention « indignes », les fouilles
    « humiliantes », les comptages de nuit répétés et le manque d’hygiène qui leur sont imposés, et se plaignent d’être « traités comme du bétail ». Les objectifs
    chiffrés fixés par le gouvernement pour les reconduites à la frontière ont conduit
    l’administration à accélérer les procédures et à multiplier, fin 2007,
    les pratiques arbitraires et les mauvais traitements. Pourtant, ces situations
    sont le lot commun de ce que vivent tous les jours, sans avoir été condamnés
    ni jugés, les étrangers, réfugiés, demandeurs d’asile, sans-papiers, dans
    les multiples lieux d’enfermement administratif qui sont devenus un élément
    clé de la politique migratoire.

    La France est loin d’être la seule concernée : en septembre 2007, sept
    demandeurs d’asile iraniens sont montés sur le toit du centre de rétention
    de Nicosie, à Chypre, pour attirer l’attention sur leur sort. Parmi leurs
    griefs, la durée excessive de leur détention, dans des conditions
    matérielles et d’hygiène très médiocres, et le comportement violent de la
    police à leur égard. Au Danemark, en mai 2007, de sévères critiques ont
    été émises par le comité contre la torture du Conseil de l’Europe sur les
    conditions de vie des étrangers consignés dans des centres pendant des
    années en attendant qu’une décision soit prise sur leur sort. Les
    associations belges dénoncent un régime quasi pénitentiaire provoquant des
    « ravages humains ». A Malte, les observateurs mettent de façon récurrente en
    garde contre la surpopulation, l’insalubrité, l’hygiène déplorable,
    l’insuffisance de la prise en charge médicale, l’isolement, les violences
    policières auxquelles sont soumis les étrangers dans les camps de détention
    où ils restent de longs mois. La liste serait longue s’il fallait recenser
    tous les accidents, toutes les tentatives de suicide, toutes les
    humiliations qui constituent le quotidien dans les camps d’étrangers.

    Il n’existe pas de « bonnes » conditions de rétention. Comme le démontrent
    toutes les observations menées sur le terrain par les ONG ou les chercheurs,
    comme ceux du réseau Migreurop [réseau européen de militants et chercheurs
    dont l’objectif est de dénoncer les dérapages des politiques d’asile en
    Europe, ndlr], l’internement administratif auquel sont soumis les étrangers
    en Europe est par sa nature même porteur de violations, plus ou moins
    systématiques, plus ou moins inévitables lorsqu’elles ne sont pas
    volontaires, de leurs droits fondamentaux : en premier lieu, la liberté
    d’aller et venir, mais aussi le droit d’asile, le droit au respect de la
    vie privée et familiale, le droit de ne pas subir des traitements inhumains ou
    dégradants ou encore les droits spécifiques des mineurs.

    A la racine de ces traitements, on trouve le choix opéré par l’Europe
    d’une fermeture sélective des frontières, qui privilégie l’immigration « utile »



    - celle qui permet de répondre aux besoins de main-d’œuvre des Etats membres

    - au détriment, notamment, de l’immigration familiale pourtant facteur
    d’intégration. De ce fait, l’essentiel des efforts des Etats membres de
    l’UE en matière de politique migratoire a porté, au cours des dix dernières
    années, sur la lutte contre l’immigration irrégulière. Après les charters
    pour organiser des expulsions collectives, après les murs et les grillages
    pour empêcher les migrants de venir en Europe, ils discutent en ce moment de
    l’harmonisation de leurs législations en matière de rétention et
    d’expulsion des étrangers en situation irrégulière.

    Dans ce cadre, la directive « relative aux normes et procédures communes
    applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays
    tiers en séjour irrégulier », qui sera soumise au vote du Parlement européen
    dans les premiers mois de 2008, ouvre la voie à la généralisation d’une
    politique européenne d’internement des migrants. Loin de réserver
    l’enfermement administratif à des circonstances exceptionnelles ou dans le
    seul but d’organiser leur éloignement, elle prévoit qu’il pourra être
    ordonné dès lors que l’étranger frappé d’une mesure d’expulsion
    présentera un risque de fuite ou constituera une menace à l’ordre public.

    Or, aucune définition de la notion de « menace à l’ordre public » ne vient en encadrer l’utilisation.

    Quant au « risque de fuite », on peut craindre qu’il ne soit
    toujours présumé par les Etats ! Il faut donc s’attendre, si la directive
    est adoptée, à la prolifération sur le territoire européen de camps où les
    étrangers, populations indésirables, seront placés sous contrôle.

    Ce n’est pas tout. Dans ces lieux de mise à l’écart, les étrangers ne
    seront pas qu’en transit, enfermés le temps que soit organisé leur départ. La
    directive propose que la détention, d’une durée de trois mois, puisse être
    prolongée jusqu’à dix-huit mois dans le cas où l’étranger ne coopère
    pas à son éloignement, ou s’il représente une menace pour l’ordre public, ou
    encore si l’administration rencontre des difficultés pour obtenir les
    documents de voyage. Lorsque l’on sait qu’en moyenne, en France,
    l’éloignement d’un étranger intervient dans les dix premiers jours de sa
    détention, la prolongation de celle-ci pendant un an et demi ne s’inscrit
    plus seulement dans une recherche d’effectivité et de rationalisation des
    procédures, mais vise d’autres objectifs. Lesquels ? Il s’agit d’abord,
    après le contrôle et la mise à l’écart, de punir et de dissuader. Mais
    aussi de lancer un message. Aux opinions européennes d’une part, parce qu’en
    évoquant la prison, le camp d’étrangers alimente dans les esprits
    l’association étrangers=délinquants, qui à son tour sert à justifier les
    mesures prises par les autorités en matière de lutte contre l’immigration
    clandestine, notamment la criminalisation du séjour irrégulier, et plus
    généralement de durcissement des lois relatives aux étrangers. Aux opinions
    des pays d’origine des migrants d’autre part, par le « signal fort »
    envoyé par ce biais aux candidats à l’émigration. Non forcément pour les
    empêcher de prendre la route. Mais, en faisant peser sur eux la menace permanente de l’interpellation, de l’internement et du renvoi, pour leur rappeler la précarité de leur statut, pour les pousser à l’invisibilité et favoriser
    leur exploitation.

    Dès 1993, en désignant haut et fort comme les « oubliettes de la
    République » le sinistre « dépôt » de Paris qui servait de centre de rétention, le Gisti obligeait les autorités à le fermer temporairement. Notre vigilance est plus
    que jamais d’actualité : exigeons de savoir ce qui se passe derrière les
    barreaux des zones d’attente et des centres de rétention ! Ne laissons pas
    adopter la « directive de la honte » !

    Le Gisti est signataire de l’appel aux parlementaires européens : « Non à la
    directive de la honte ». www.directivedelahonte.org